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L'Enterré vivant (1962)

Un film de Roger Corman

Guy Carrell a une peur phobique, obsessionnelle : celle d’être enterré vivant. Et, même si une jeune fille lui témoigne son envie de se marier et de vivre avec lui, il repousse cette idée comme il pressent sa fin proche, et peut-être afin de ne pas perpétrer une sorte de malédiction familiale diffuse.

Il y a de ça quelques mois, un article de Ed pour son Nightswimming m'avait remémoré tout le bien que je pensais de ce cycle de films fantastiques, dont l'unicité est à chercher autour du thème de la peur de la mort ; aussi, après La chute de la maison Usher, voici chroniqué aujourd'hui L'Enterré vivant. Il s'agit du troisième film du cycle Edgar Poe réalisé par Roger Corman ; le seul sans Vincent Price. Guy Carrell, le personnage joué par Ray Milland, suit cependant les mêmes caractéristiques. Ray Milland joue de façon plus mesurée que Price, mais adopte les mêmes attitudes.

La fascination et la peur morbide de la mort est un thème constant dans le cycle. La mort hante les vivants, faisant de ceux-ci des personnages qui ont déjà un pied dans la tombe. A la façon de La terre des pharaons de Hawks, Carrell se construit son propre mausolée pour mieux appréhender le moment de sa mort et surtout, de se prémunir contre sa peur obsessionnelle d’être enterré vivant ; il va élaborer plusieurs mécanismes qui lui permettrait, le cas échéant, de sortir lui-même de son cercueil. Sa psychose va si loin que, dans une délirante séquence onirique, il rêve qu’il est effectivement enterré vivant mais qu’aucun de ces appareils ne fonctionnent, lâchant tous les uns après les autres pour le laisser enterré mais bien vivant. Tous les personnages principaux du cycle sont ainsi hantés par mort et, en voulant se prémunir de cette fin qu’ils estiment proche, précipitent encore plus leur destinée, actionnent eux-mêmes les rouages inexorables d'un destin funeste. La peur de la mort est compréhensible et universelle : La fin, le point final de l'existence, le The End du film de notre vie, est ici. Mais l'on peut voir une variante dans L'Enterré vivant, qui n'est pas tant la simple peur de mourir, car elle arrive pour tout ce qui vit ; mais plutôt, la peur de se voir mourir, d'être conscient de ce moment précis, et conscient du compte à rebours inexorable, de l'instant T où la mort va survenir. Car la beauté de la mort, c'est tout de même qu'on ne prend pas rendez-vous avec elle : la fin vient sans coup férir, la plupart du temps, même si l'on est bien au courant qu'elle viendra frapper à notre porte, quoi qu'il en soit. C'est là que l'angoisse est la plus forte dans L'Enterré vivant : la croyance que la vie va finir dans d'atroces souffrances, l'individu se voyant lui-même mourir. L'autre peur, c'est celle de décéder trop tôt, comme l'entend le Premature Burial du titre original, un enterrement prématuré, qui rapproche la mort de la naissance, bouclant le cycle vital. Le personnage de Carrell est en cela très proche de Roderick Usher dans La chute de la maison Usher, Corman reprenant presque la fameuse séquence de la crypte dans laquelle le personnage passe en revue la destinée tragique de ses ancêtres.

Roger Corman continue stylistiquement sur la lancée, dans une esthétique de l'économie : la machine à brume marche à plein, et les quelques éléments présents à l’écran (branches d’arbres, tombes, coins et recoins) suffisent à embraser l’imaginaire. La prestation toute en terreur sourde, de Ray Milland est aussi pour beaucoup dans une véritable plongée dans l'inconscient, dont le fameux mausolée semble être tout droit sorti. Le fil du récit suit constamment sa vision, ce qui rend imprévisible le retournement de situation final ; Hazel Court, vue auparavant dans Frankenstein s'est échappé (1957) de Terence Fisher, interprétera plusieurs rôles dans le cycle Poe ; elle prêtera son visage diaphane au Corbeau (1963) et au Masque de la mort rouge (1964).

A l'écriture, on retrouve Charles Beaumont, scénariste proche de Richard Matheson, qui a notamment travaillé comme son illustre collègue sur La Quatrième Dimension ; son univers tendant au fantastique sied particulièrement à ces pièces claustrophobiques et hantées dont Corman s'est fait le spécialiste. Il réussit un film d'une profondeur rare sur une angoisse existentielle universelle, transformant en geste artistique ses limitations budgétaire, pour un résultat ténébreux et grave. 

Disponibilité vidéo : DVD zone 2 FR - éditeur Calysta/Sidonis. Blu-ray zone B - éditeur Arrow Video

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Commentaires

  • Un blog complet réunissant des critiques intelligentes et des dossiers intéressants, ça c'est du blog cinéma !
    Voilà pourquoi nous avons voté pour vous dans la catégorie "Meilleur blog cinéma" ;)

    Bravo
    Bonne continuation

    L'équipe Cinémavis

  • Merci messieurs, quel compliment ! Vous m'en voyez honoré, vraiment. A bientôt pour de nouvelles aventures cinématographiques, ici ou là...

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