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La chute de la maison Usher (1960)

Un film de Roger Corman

Premier film de ce qui deviendra un cycle consacré à Edgar Poe, La chute de la maison Usher semble profiter du succès anglo-saxon de la firme Hammer ; à la fin des années 50, Terence Fisher réalise coup sur coup deux cartons au box-office, Frankenstein s’est échappé ! (1957), puis Le cauchemar de Dracula (1958), ressuscitant par là deux figures fantastiques majeures immortalisées auparavant par James Whale et Tod Browning pour la Universal. Opérant sur les mêmes bases (budget serré, effets sanglants, costumes tirés à quatre épingles, époque victorienne), l’ambiance made in Corman est souvent plus morbide, comme ici.

Le châtelain Roderick Usher est souffrant, atteint d’une hypersensibilité des sens : il sent tout, entend tout, voit tout, bref, est vraisemblablement sous le coup d’une malédiction que semble porter comme un fardeau toute sa famille. Une idée extrêmement intéressante affleure ici, sur le poids inéluctable de ce qui est transmis par les générations antérieures, et dont on ne peut se défaire ; d’où cette séquence mémorable où, dans la crypte du château, Roderick Usher passe en revue ses ancêtres, dévoile les méfaits terribles qu’ils ont commis et comment ils les ont payés de leur vie. Comme il croit sa lignée condamnée, il en va de même pour sa sœur, fiancée à un jeune homme de la ville, à qui Usher veut tenter d’interdire sa destinée, en la persuadant qu’elle est elle-même malade. Même vivant, ils n’aspire qu’à la mort, imaginée comme une délivrance d’un mal incurable. Réceptacle des tourments du passé, la vieille demeure se fissure durant tout le film, dans des grincements incessants. Elle est investie par Usher d’un pouvoir et d’une personnalité qui leur interdit de sortir de l’enceinte du domaine, sous peine de mort.

Philip Winthrop, le jeune homme fiancé à Madeline Usher, n’adhère pas à ces vieilles superstitions et incarne le point de vue distancié du spectateur. En essayant de forcer le destin, il enclenche malgré tout l’inexorable chute de la maison Usher. Notons ici que le titre français est plus explicite quant à la trame scénaristique globale, tandis que le titre original, The Usher House, laisse planer le doute, tout en érigeant le domaine en véritable personnage du film, si ce n’est le premier rôle, tant il semble mener des actions par sa simple volonté.

Vincent Price tient ici une de ses meilleures prestations, tant il rend prégnante l’affection qui le ronge. Livide, à bout de force, peignant ses visions démoniaques de ses ancêtres et exposant ses toiles dans son salon, il est vraiment atteint. En est-il de même pour sa sœur, le doute est permis.

Première pierre à l’édifice du cycle Corman / Poe, fort de huit films, La chute de la maison Usher est aussi un de ses sommets incontestables. La beauté ténébreuses des décors, la puissance ressentie la maison, tout ce qui fera le succès du cycle est réuni ici, à commencer une véritable dream team : Roger Corman, Vincent Price et Richard Matheson, alors scénariste de la Quatrième dimension, et auteur des fabuleux Je suis une légende et L’homme qui rétrécit. Reprenant peu ou prou la même équipe pour la suite, et notamment Vincent Price dans chaque rôle principal, Corman façonne un cycle fascinant, déclinaison infinie d’une même origine. Ainsi, La chambre des tortures (1961), entretient des ressemblances frappantes avec la Chute de la maison Usher. Les histoires de possessions et de destin funeste auquel on ne peut pas échapper constituent le cœur du cycle. Chaque film de l’ensemble peut être défini comme une sérigraphie pop, reproduite avec d’infimes variations sur le même canevas.

Conseillons à tous la vision de La tombe de Ligeia, dernier film du cycle réalisé sous le signe de l’épure,  ainsi que Le masque de la mort rouge, délire psychédélique visuellement splendide.

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Disponibilité vidéo : DVD zone 2 - éditeur MGM / Blu-ray zone B - éditeur Arrow Video (version anglaise et sous-titres anglais pour sourds et malentendants uniquement).

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