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  • Un film, une séquence : Eyes Wide Shut (1999)

    L'orgie

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    Environ à la moitié du film-testament de Kubrick intervient une séquence magique, onirisme brumeux aux couleurs de feu. Bill, tourmenté par l'aveu de tromperie de sa femme Alice, se rend à une soirée privée dont il ignore tout, mais qui est fondamentalement tout ce qu'il recherche : un interdit, un mystère, et une promesse de débauche sexuelle, lui dont la vie était si cadrée, si prévisible, si normale. Norme balayée d'une phrase de sa femme, dont il ne se serait douté. Bill arrive donc au terme d’un voyage nocturne dans une résidence somptueuse, dont il soulève le voile.

    Il pénètre dans un bal masqué sonorisé par une musique mystique, accompagnée d’une voix gutturale. La musique est en fait jouée sur un clavier électronique, tout n'est qu'illusion. Des rituels de sélection assemblent certaines jeunes femmes avec des personnes de l’assemblée silencieuse, qui, comme le spectateur, sont plutôt observatrices qu'actrices de l'événement. Bill se fond dans la masse des masques, semblable à tous, donc incognito. Mais quelque chose cloche : on lui fait signe, il est reconnu. Il doit partir car il n’est pas le bienvenue ("You don’t belong here", tu n’est pas à ta place ici, l’avertit une jeune femme). Il va poutant pouvoir regarder le spectacle qui s’offre à lui, et les lents travellings l’accompagnent au sein de salles aux teintes pourpres.

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    Des pantins s'y embrassent, déshumanisés, animalisés aussi. L'acte sexuel, omniprésent mais laissant la plus grande place à la foule passive, est théâtral, peut-être même est-il simulé. La musique aux tonalités orientales est la bande-son d’une orgie scénographiée, une performance, forme d’art, un "cabinet de curiosités" vivant, qui fait de Bill un spectateur déambulant dans un musée des pratiques sexuelles. Lui seul a la posture d’un être en mouvement, tous les autres prenant la pose, faisant partie du décor. La séquence apparaît dès lors comme une représentation de l'esprit de Bill, obnubilé par l'infidélité d’Alice, revoyant toujours les images qu’il s’est inventé. Démasqué, il devra subir le jugement d'une cour improvisée, pouvant rentrer in-extremis chez lui mais échappant à on-ne-sait-quoi. Dans cette séquence hallucinatoire, réside tout l'art de Kubrick sur le théâtre des apparences.

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  • Katie Tippel (1975)

    Un film de Paul Verhoeven

    783079katie.jpgLes débuts du réalisateur Paul Verhoeven en Hollande restent aujourd’hui mal connus, camouflés par les films de sa période américaine, plus célèbres -RoboCop, Total Recall, Starship Troopers- qui l’établissent comme un homme de films hollywoodiens à gros budgets, ayant une préférence pour les récits de science-fiction. Ses premiers films donnent à voir un visage très différent, plus modeste et proche de la vie quotidienne, notamment via Katie Tippel, que l’on peut redécouvrir grâce à l’inestimable coffret DVD édité en 2004 par Metropolitan.

    Katie Tippel est une jeune femme issue d'une famille pauvre qui se débat pour survivre. Ses conditions de vie sont déplorables, sa famille est d'une bêtise crasse mais Katie, étrangement, semble échapper à ce déterminisme. Sa soif de vivre, son refus de se soumettre et sa foi -peut-être inconsciente-  en son destin évitent au film tout misérabilisme. Inlassablement, elle enchaîne des épreuves terribles (viol, coups, tromperies) et les boulots avec le sourire. La bande originale, enjouée, et la photographie, lumineuse et colorée -travaillée par le futur réalisateur Jan de Bont- soulignent cet état d'esprit. Le sujet du film est le destin, mais aussi l’innocence ou plutôt le refus de la perte de l’innocence, joué avec un naturel confondant par la solaire Monique Van de Ven, qui retrouvait Verhoeven après son rôle mémorable dans son précédent film, Turkish Delight. La scène du viol de Katie illustre ce propos : alors que Katie joue à créer des ombres chinoises avec les mains, le sexe de son patron apparaît lui aussi en ombre chinoise à ses côtés. Katie ne peut s'empêcher de rire devant le comique de la situation -avec le spectateur-, mais va subir un viol ; une fois cela passé, elle s'enfuit et jette une pierre dans la vitrine du magasin, puis part en riant. Geste de révolte d’enfant, jetant toujours un regard innocent, étonné, amusé devant les situations les plus extrêmes. A ses côtés on retrouve un tout jeune Rutger Hauer (La chair et le sang, Hitcher) débordant de charisme.

    Adapté d’une histoire vraie ayant fait le tour de la Hollande à la fin du XVIIIème siècle, Katie Tippel est un cri d’espoir, qui démontre déjà tout le talent de Verhoeven, qui ne recule pas devant la cruauté et qui traque l'animalité des comportements humains ; la face cachée mais toujours présente (voir l’excellent Black Book pour s’en convaincre) d’un grand réalisateur.

  • The Shooting (1967)

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