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Un justicier dans la ville (1974)

Un film de Michael Winner

3112932322_9ff76bbb11.jpg?v=0Un justicier dans la ville est symptomatique du thème d'autodéfense illustré par un certain nombre de films américains dans les années 70. Ici, un architecte heureux en mariage voit sa vie basculer lorsque sa femme et sa fille sont violentées par des voyous. Peu à peu, il franchit les étapes qui le conduiront à incarner le Vigilante, traquant la racaille pour l’exterminer.

On parle ici d'un film très réussi bien qu'ambigu ; cependant il n'est jamais manichéen et ne glorifie en aucune façon les agissements de son personnage principal, Paul Kersey. Charles Bronson incarne cet homme brisé, représentant les doutes et le malaise de l’Amérique au cœur des années 70. Le film montre bien ces bandes  de voyous zoner dans un New York crépusculaire (qui rappelle un peu les Warriors de Walter Hill), en totale inadéquation avec le monde moderne et civilisé ; des électrons libres déresponsabilisés qui à la fois façonnent et illustrent un monde de peurs. Ce sont ces peurs que Kersey veut exorciser en passant à l’acte ; leur justification est tout à fait insuffisante, ce qui met finalement les bandits et Kersey du même côté ; ils sont hors-la-loi. Il règne sur le film une atmosphère de western moderne, où les valeurs qui y sont défendues paraissent d'un autre âge, quand les menaces semblent, elles aussi, héritées d'un temps plus ancien.

Ambigu, le film force donc le spectateur à prendre position par rapport à ce qui est montré, preuve d’un cinéma intelligent. On  ne peut, par rapport au dernier plan du film montrant un Charles Bronson souriant en regardant ses prochaines victimes, que penser qu’on a affaire à un fou furieux ; mais la folie du personnage renvoie au chaos du monde qui l'entoure, que ce soient les bandits, mais aussi les politiques qui l’ont sciemment laissé en liberté. Initiateur de nombreuses polémiques (et paradoxalement de nombreuses suites), tout comme les Dirty Harry, Un justicier dans la ville reste aujourd’hui un témoin de son époque troublée, symbole d’un clash entre la fin d’une époque et le début d’une autre, à l'image de l’Hollywood de l’âge d’or qui laisse sa place aux jeunes loups du Nouvel Hollywood.

Commentaires

  • Le genre Vigilante (un temps visité par les pathétiquement franchouillards Légitime Violence ou Tir Groupé) constitue l'un des chapitres les plus indiscutables du Feel Bad Movie.
    En effet, flirtant avec le facisme le plus vil, usant de ressorts complaisants (sinon parfaitement putassiers), il embarrasse volontiers le critique pour qui ces histoires de citoyens vengeurs (car frappés odieusement en leur sein) se substituant à la justice refoulent vite du goulot.
    Ainsi ce justicier de Paul Kelsey (qui ferait passer Harry Callahan pour Frère Tuck), qui fit couler beaucoup d'encre et de bile.
    Car si on arguera effectivement contre lui un certain systématisme dans la quête (et une certaine gratuité), force est de reconnaître que le film de Winner fouille les entrailles américaines comme Cronenberg le fait lors de son History of Violence sans que les orfraies ne piaillent tant (le parallèle avec la culture westernisante n'est d'ailleurs pas implicite ici puisque c'est littéralement lors d'un show de coilleboilles que Bronson décide d'endosser sa défroque de flingueur) . Le trouble gagne en intensité toutefois dans la mesure où si le film du barré canadien effectue son approche à l'aune du Mythe, l'angliche s'embarque lui dans une justification documentaire (l'inflation de l'insécurité new-yorkaise de la fin des 60's) un peu plus poujadiste, ponctuée de micro-questionnements philosophico-politiques (la frontière entre civilisation et lâcheté, l'urbanisme inhumain, ...) et ausculte assez calmemement le passage d'une conviction à son atroce opposée (comme le survivant de La Colline a des Yeux version Aja, le héros est d'abord un type de gauche qui est contraint par la situation de se montrer plus extrême encore que son entourage de droite bêlante et convaincue).
    Désagréable mais efficace (le vrai danger du film est sans doute d'ailleurs là), tendancieux (on n'est jamais tout à fait sûr du dégoût que Kelsey a de lui-même, agissant (il vomit au premier meurtre et sourira in fine à la promesse de futurs)) mais pas si frontal qu'il n'y paraît (contrairement aux suites) le propos énoncé, Death Wish est bel et bien un drôle de sale moment à passer. Mais un film largement supérieur à ce qu'en disent ses aveuglés, farouches et bien rassurément outragés détracteurs.

  • Il me serait difficile d'être aussi prolixe que Mariaque, je ne me suis toujours pas résolu à voir ce film. Mais, par rapport à sa réputation, ce n'est pas la première fois que je lis une réaction plus nuancée que les rejets tranchés dont je me souviens. A regarder avec des pincettes, mais à regarder quand même. Ceci étant, les autres films de Winner n'augurent pas d'un cinéaste sous estimé. Ca reste très moyen.

  • Tout d'abord, je suis ravi d’avoir provoqué ces réactions très instructives !

    @ Mariaque : je m’incline devant l’érudition de votre brillant commentaire, qui rejoint mon sentiment sur ce film et vient nourrir ma réflexion sur celui-ci. Cependant, par rapport à l’état d’esprit du personnage principal, on est vite fixé sur sa bonne humeur, contrairement à l’ambiguïté que vous semblez y avoir perçue ; après le choc du premier meurtre qui le fait vomir, Paul Kersey reprend goût aux plaisirs de la vie, ce qui surprend d’ailleurs son entourage si peu de temps après le décès de sa femme. A partir de ce moment là on ne peut que condamner le tueur quasi psychopathe qu’il devient, tirant du plaisir de sa chasse au voyous. Le film en lui-même souffle le chaud et le froid, montrant bien l’inhumanité croissante du vigilante tout en faisant état de son effet "positif" sur la société (le taux de criminalité baisse, les citoyens commencent à ne plus accepter la violence gratuite dont ils sont victimes). Il en ressort un vrai malaise, qui pousse à un questionnement sur les valeurs certes douteuses véhiculées par de tels agissements.

    @ Vincent : Vous avez raison de tempérer mon enthousiasme ; nous sommes loin d'un génie comme Kubrick ou Welles, ou même d'un artisan honnête comme Fleischer. La forme reste commune mais le fond interroge l’Amérique et ses dérives, ainsi que la nature de l’homme ; c’est là que personnellement je pose l’intérêt du film aujourd’hui.

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